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Passion Vélo / Montagne

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Histoire de Grand Paradis... Part 6 : Vendredi 22 Juillet 2011 - L'ascension du Grand Paradis - L'ascension finale et le retour

23 Novembre 2013 , Rédigé par Laurent Bruynooghe Publié dans #Montagne : Le Grand Paradis

Vendredi 22 Juillet :

Le réveil sonne à 3h du matin comme prévu hier soir… Et, comme à chaque fois que j’ai une échéance particulière et même si le l’heure est inhabituelle, je me lève sans problème de fatigue.

J’échange quelques mots avec Takeshi en m’habillant… Nous descendons dans la salle du réfectoire pour prendre notre petit-déjeuner.

Nos guides sont déjà là et je me rends compte que nous sommes les premières cordées debout. Denis me dit que c’est pour mieux profiter de l’ascension et que nous aurons plus de temps à passer au sommet plutôt. Il y a peu de place là-haut et on ne peut pas forcément y rester longtemps.

Le petit-déjeuner est bon et consistant… Du café à volonté, du pain, du beurre, du miel, de la confiture. Bref, tout ce qu’il faut pour faire une ascension dans de bonnes conditions physiques…

4h15, je suis prêt et je sors pour « sentir » la météo… Je dépose mon sac à dos sur la terrasse du refuge et je regarde le ciel. Il est étoilé, pas un seul nuage… Il n’y a pas de vent et il fait frais mais pas froid… A un tel point que Denis me conseille de ne pas me couvrir autant que je le suis.

J’écoute son conseil et retire mon gore-tex et mon polaire. Je garde sur moi ma veste en strech et mon maillot anti-transpirant… Des gants légers pour éviter une blessure en cas de chute, le bonnet et la lampe frontale car, bien sûr, il fait nuit noire…

Denis me dit : « Ca semble être bon pour aujourd’hui… Si tout va bien, on est au sommet dans 4h ou 5h… »

4h30, comme prévu, nous nous mettons en route. Nous ne sommes pas encordés pour la marche d’approche. C’est un chemin à l’identique de celui de veille et il n’y a pas de risque particulier… Je me cale dans le rythme de Denis alors que Takeshi prends son rythme habituel : plus lent mais tout aussi efficace… La frontale éclaire les cailloux, rochers et autres obstacles qui jalonne ce chemin.

Je me retourne de temps en temps pour voir où en est Takeshi. Cela me permet de voir le refuge s’éloigner… Il est la seule lumière moderne dans ce monde de rocaille et de glace… Au détour d’un chemin, le refuge disparaît définitivement de notre regard…

Puis nous quittons ce chemin et nous traversons la moraine qui annonce le début du glacier du Grand Paradis… Nous atteignons enfin le glacier. Nous sommes à environ 3100m d’altitude…

Il est temps de nous équiper et nous encorder… Je me couvre un peu plus car, il va commencer à faire bien plus froid. C’est l’effet glacier…

Je mets mon pantalon et ma veste gore-tex… Mes crampons sont fixés et mon baudrier est parfaitement serré… Takeshi est prêt aussi…

Denis nous encorde… Il sera en tête, Takeshi suivra et je suis en dernier… C’est la cordée qui ira au sommet…

Les premières pentes du glacier sont douces… Puis, au bout, d’une centaine de mètres de marche, cela s’accentue. Nous marchons lentement…

Passés cette première partie raide, Denis se retourne et nous montre : « Il est là les gars… Le Grand Paradis !!! »

Nous ne l’avions pas encore vu depuis le début de l’ascension… Cette fois, il est réel… Les premières lueurs du matin ne nous permettent pas encore de le voir entièrement mais nous pouvons distinguer cette masse nous surplombant… Il semble proche et loin à la fois… Environ 600m à la verticale au dessus de nous… Dans quelques heures, nous devrions être au sommet…

La lampe frontale est maintenant éteinte et rangée car le jour se lève…

Sur notre droite en montant, s’offre à nous un spectacle de toute beauté : Le massif du Mont Blanc est illuminé par les premiers rayons du soleil transformant les sommets enneigés en autant de torches orangées… Toutes ces pointes ainsi illuminées sur un fond d’un bleu profond…

Ce sera probablement l’une des plus belles images de montagne que j’aurais pu voir dans ma vie…

3600m d’altitude… Nous faisons une petite pause… un morceau de chocolat, une barre de céréales et surtout boire et encore boire… Ne jamais oublier…

Nous en profitons pour admirer les séracs du glacier sur notre gauche en montant… Quasiment derrière nous, Le Mont Blanc et tout son massif…

Devant nous, le Grand Paradis que nous voyons bien maintenant avec son sommet rocheux…

« Il faut nous mettre en route pour éviter trop de foule au sommet » nous lance Denis…

J’échange quelques mots avec Takeshi. Tout semble bien aller pour lui.

Depuis le départ du refuge, l’ambiance a changé : Les longues discussions avec Denis et Takeshi on fait place à la concentration, au recueillement… Aujourd’hui, aucun d’entre nous n’a envie de parler… Nous vivons de l’intérieur notre dernière étape vers le sommet… Même moi qui suis particulièrement bavard en presque tout circonstance, je n’ai aucune envie de parler… Je suis dans ma bulle, mon autre monde... Admirant ces paysages, sentant mon corps réagir à l’altitude, pensant à tout ou à rien, parfois une petite musique dans la tête… Ce sont des sensations extraordinaires qui ne donnent pas envie de parler à ce moment-là…

Nous nous remettons en route…

3800m d’altitude : La pente s’accentue à nouveau… Nous attaquons la dernière pente avant la partie rocheuse du sommet… Alors que précédemment nous étions sur les pourcentages moyens de 25 à 30%, cette fois-ci nous arrivons sur un mur de 180m de hauteur à un peu plus de 60% de pente…

Nous gravissons les derniers mètres en toute tranquillité… Nous savons que ce sont les dernières marches avant le sommet. Nous n’aurons aucun mal à les franchir…

La dernière arête rocheuse se présente enfin à nous. Cette arête dont tout le monde parle lorsqu’on aborde le sujet du Grand Paradis… Il s’agit d’un passage d’une dizaine de mètre sur l’arête rocheuse…

C’est un franchissement pour lequel nous sommes toujours encordés et assurés par des pitons fixés dans la roche. Le risque est donc minime mais il faut tout de même le franchir pour atteindre le sommet…

Denis franchit l’arête tel un jeune cabri… Il place les points d’accroche.

Takeshi s’engage à son tour et je le suis avec la corde toujours tendue. Je ne suis pas du tout rassuré et, après quelques hésitations, je réussis à franchir ce passage…

Il reste 2 ou 3 pas à effectuer avant le sommet…

Le sommet est une sorte de plateforme rocheuse…

NOUS Y SOMMES !!!!! il est 8h30 environ….

Nous sommes enfin au GRAND PARADIS….. 4061m d’altitude !!! Le plus haut sommet 100% italien !!!

Et elle est là… Elle nous attend : La Madone du Grand Paradis…

« Il faut toucher la Madone… Elle vous portera bonheur… », nous dit Denis avec un large sourire…

Alors nous touchons et retouchons la Madone… De larges sourires illuminent nos visages cachés derrière nos lunettes de glacier, nos bonnets et nos gore-tex remontés jusqu’en haut…

L’émotion est intense… Aucune pensée particulière à ce moment… L’envie que cette émotion dure éternellement car c’est un bien-être hallucinant, une zen attitude incroyable…

Vu d’ici le monde est tellement magnifique….

Aujourd’hui, le Grand Paradis a voulu de nous… Lui et sa Madone nous ont accueillis à leurs côtés… Pas un nuage, Pas un souffle de vent…

Le spectacle est superbe, à couper le souffle…

Nous pouvons voir Le Mont Blanc et toute la chaine des Alpes depuis la Suisse et en passant par la France et L’Italie… Puis, nous tournant de l’autre côté, nous voyons la fin du Massif du Grand Paradis, la plaine du Pô et la ville de Turin… Nous pouvons voir à des kilomètres et des kilomètres…

Je prends quelques photos mais cette sensation d’être là-haut… libre… cela ne peut pas ressortir sur quelques photos…

Il porte bien son nom : Le Grand Paradis… Gran Paradiso…

Aujourd’hui, je suis au Paradis…..

Malheureusement, nous ne pouvons pas rester plus longtemps car les autres cordées veulent aussi pouvoir profiter de ce bonheur furtif… Nous devons entamer notre descente après avoir à nouveau touché la Madone…

L’arête est à nouveau franchie par l’autre face pour ne pas gêner les cordées qui montent…

La descente du glacier, toujours encordés, est rapidement avalée…

Nous faisons un arrêt à 3700m d’altitude pour nous poser quelques minutes… Des cordées qui montent vers le Grand Paradis nous croisent : Un « Bonjour », « Hello », « Bonjourno », « Hola » ou juste un signe de tête mais toujours ce regard, cette envie d’aller plus haut, le voir, la voir, fouler son sommet, la toucher… La Grand Paradis et sa Madone…

Nous reprenons notre descente. Je me retourne parfois pour jeter un regard vers ce superbe sommet…

Puis, vers 3400m d’altitude, il disparaît tout comme il m’était apparu tôt ce matin…

Es-tu un rêve ? Une réalité ?

Nous arrivons au bout du glacier… nous nous désencordons et retirons les vêtements chaud afin d’être plus à l’aise sur les chemins rocailleux de la descente vers le refuge Vittore Emmanuelle II.

Encore quelques centaines de mètres sur la partie finale du glacier, les dernières épaisseurs de glace, le bruit de l’eau qui coule du glacier pour former ce ruisseau qui va alimenter la petite retenue d’eau du refuge et continuer pour devenir torrent, rivière, fleuve…Cette source de vie qui tend à disparaître…

Nous retrouvons le chemin qui nous ramène vers le refuge… Chacun prend son rythme de descente. Denis en premier avec son allure que je connais bien maintenant. J’emboite son pas et Takeshi prend le sien tranquillement. Ce chemin est tortueux et, au détour d’un rocher, le refuge apparaît au loin, brillant… Ce premier signe de l’Homme depuis notre départ cette nuit…

« Déjà le retour » me dis-je… J’en suis presque déçu… Ce moment de bonheur intense fut si court…

Les dernières centaines de mètres qui nous séparent du refuge sont rapidement couverts… Nos compagnons sont déjà arrivés… Plus jeunes et plus véloces, ils sont redescendus bien plus rapidement que nous… Nous nous félicitons tous… Congratulations, rires, sourires… un moment de bonheur entre passionnés… Nous sommes d’origines différentes et, là, nous sommes heureux au même moment pour la même raison. C’est fantastique…

Nous nous restaurons sur la terrasse ensoleillée du refuge… une bière bien fraiche, un coca, nos sandwiches… tout est bon, gouteux car nous sommes heureux… Malgré la fatigue accumulée de ces derniers jours, nous avons tous le sourire…

Par moment, le regard et les pensées se perdent… Où sont-ils ??? Là-haut à plus de 4000m d’altitude… Dans ce ciel magnifique…

Nous repartons finalement de cette belle terrasse pour rejoindre notre point de départ où nous avons laissé la camionnette…

La descente parait longue mais comme me dit Denis : « Un 4000 ca se mérite ! »

Nous sommes tous ensemble pour cette descente. C’est groupés que nous arrivons sur la parking…

Cette fois-ci, tout le monde est dans le même rythme… Cela nous donne l’impression de n’être qu’un seul… Nous sommes tous arrivés au sommet et c’est ensemble que nous rejoignons notre point de départ…

Le parking, la camionnette… Les sacs sont rapidement chargés dans le coffre du véhicule et nous repartons tout aussi rapidement…

Durant la route du retour à Chamonix, personne ne parle… Certains dorment…

Je regarde les sommets… La montagne… Cette montagne que j’aime tant… Cette montagne que je vais quitter dans 2 jours pour n’y retourner que cet hiver, en Décembre probablement…

Nous franchissons le tunnel du Mont Blanc et arrivons sur le parking où nous avions retrouvé nos 6 compagnons d’aventure. Les sacs sont déchargés et nous nous saluons chaleureusement… une poignée de main, des tapes sur l’épaule, nos regards embrumés et brillants de fatigue et d’émotion…

Puis vient le moment de descendre sur Chamonix avec Denis et Takeshi… Denis gare la camionnette sur le parking réservé à la compagnie des Guides…

Les « au revoir » sont aussi intenses que fut cette aventure de 5 jours… Les poignées de main et congratulations sont longues et chargées d’émotion… Takeshi est heureux… Il repart dès demain au Japon… Un vrai passionné car il est venu du Japon pour faire le Mont Blanc.

Il repart sans l’avoir fait mais il est heureux…

Nous nous séparons après de longues minutes de discussion, de regards, d’émotion… Cela fait partie de l’aventure…

Pour ma part, je rejoins ma famille venue m’attendre à Chamonix… Nous allons rendre le matériel de location : chaussures et crampons…

Puis, après une pause en terrasse d’une petite brasserie pour un rafraichissement bien mérité avant de reprendre le cours de ma vie…

Conclusion:

Pour changer, je vais être bref pour conclure cette magnifique aventure…

La montagne a montré au cours de cette semaine son pire côté emportant avec elle ces alpinistes puis son côté le plus beau en acceptant de nous recevoir au sommet du Grand Paradis…

L’émotion, le plaisir, le partage, l’entraide, l’honnêteté furent les maitre-mots de cette aventure qui, au-delà de l’aspect sportif, m’ont permis de vivre ma passion et une partie de mes rêves…

IL VAUT MIEUX TENTER DE VIVRE SES RÊVES PLUTÔT QUE RÊVER SA VIE…

Au sommet du Grand Paradis, j’ai formulé un vœu :

QUE VOUS VIVIEZ TOUS UN JOUR L’INTENSITE D’UN BONHEUR COMME CELUI QUE J’AI VECU…

Je ne parle plus de montagne, ni de sport mais simplement de bonheur…

Forza à vous tous…..

Lolo The Sensitive Warrior…

Le départ du refuge...
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Le départ du refuge...

L'ascension vers le Grand Paradis...
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Le sommet est atteint... Que du Bonheur !!!
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La descente... Le retour à la civilisation avec des images plein la tête...
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Histoire de Grand Paradis... Part 5 : Jeudi 21 Juillet 2011 - L'ascension du Grand Paradis - La montée au refuge...

23 Novembre 2013 , Rédigé par Laurent Bruynooghe Publié dans #Montagne : Le Grand Paradis

Jeudi 21 Juillet :

La nuit fut encore très bonne malgré l’excitation de ce nouvel objectif : Le Grand Paradis et ses 4061m. « Oh ça ne vaut pas les 4807m du Mont Blanc !», allez-vous dire. Peut-être, certainement mais c’est une belle ascension. Le Gran Paradiso est le plus haut sommet 100% Italien et fait partie des sommets prisés par les alpinistes.

Et puis cette arête finale, ce passage délicat à passer… Je me rappelle d’un reportage à la télévision où on y voyait les cordées dans ce passage. Je me dis que j’y serai bien assez tôt et il faudra bien le passer à mon tour…

Ce matin, je me lève un peu plus tard que d’habitude car mon train est à 8h30. Et puis mes affaires sont prêtes, comme toujours…

Je prends un gros petit déjeuner car je pars un peu dans l’inconnu : Comment sera l’ascension vers le refuge ? Je sais que nous aurons un peu plus de 700m de dénivelé positif mais je n’en sais pas plus.

Il faut donc être prêt physiquement et ça, je le suis. Je ne veux pas risquer de coup de fringale et malgré le ravitaillement que j’emporte avec moi, je me restaure bien ce matin…

Je m’habille et procède à une revue de mon sac à dos… Vêtements, crampons, casque, piolet, bâtons, lampe frontale pour le départ du lendemain, la trousse de secours et mon ravitaillement. Je n’oublie pas mon appareil photo, mon compteur GPS et mon téléphone…

Vient l’heure du départ… toute la petite famille est réveillée et je dis au revoir à tout le monde. Je n’oublie pas les conseils d’usage aux enfants en leur demandant d’être gentils avec leur maman durant mon absence. Je leur dis que j’essaierai de donner des nouvelles…

J’aurais tant aimé leur passer un coup de téléphone depuis le sommet du Mont Blanc (parait-il que ca fonctionne) et leur dire juste « Bonjour depuis le toit de l’Europe… ». Ca sera pour une prochaine fois… En Italie, je ne sais pas si ce sera possible…

Je pars prendre mon train à la gare de Vallorcine. La météo est encore mauvaise : Il fait assez frais, les nuages sont très bas et le vent souffle toujours. Cela ne présage pas d’une belle météo sur les sommets. Je me surprends à penser que je ne regrette pas de ne pas faire de départ au Mont Blanc ce matin. Et puis, j’essaie de me rassurer en me remémorant ce que m’a dit Denis hier au téléphone sur le fait qu’il fasse souvent un meilleur temps en Italie lorsque c’est très mauvais côté France.

J’arrive à la gare de Chamonix. Il me faut environ 5minutes de marche à bonne allure pour me rendre à la maison des Guides de Chamonix. Ce matin, je prends mon temps. Il est 9h15 et j’ai rendez-vous à 9h45.

Je flâne… Je regarde les vitrines des boutiques… Je cherche du regard les sommets des alentours mais ils sont désespérément masqués par les nuages. Je prends mon temps…

Arrivé à la maison des guides, je me mets un peu à l’abri car il pleut.

Alors que j’attendais patiemment, j’entends un « Bonjour » juste derrière moi… C’est l’un des stagiaires du 1er jour à la Mer de Glace qui avait abandonné parce que c’était trop difficile.

Nous discutons quelques instants. Il me dit qu’il a beaucoup pensé à nous durant ce début de semaine avec la météo que nous avons eu. Je lui explique un peu nos péripéties et il me dit ne rien regretter de son abandon car il n’aurait pas tenu avec une météo pareille.

Nous parlons du Grand Paradis…

Malheureusement, nous devons nous séparer rapidement car Takeshi arrive ainsi que Denis…

Une rencontre éphémère comme on peut en rencontrer lorsqu’on vit une même passion… Le même type de rencontre lorsque je suis en vélo seul et que je monte un col de montagne : Un regard échangé, quelques mots et, parfois, plus… une conversation au détour d’un arrêt au sommet d’un col. Ces rencontres qui font aimer les échanges car sans arrière-pensée, sans intéressement quelconque… De belles rencontres…

Je pars donc avec Takeshi et Denis vers la camionnette des guides de Chamonix. Les sacs à dos sont rapidement posés à l’arrière puis nous montons et partons… Direction l’entrée du tunnel du Mont Blanc.

En effet, le rendez-vous est fixé avec les autres cordées sur le parking à l’entrée du tunnel. Il nous faut peu de temps pour y arriver depuis le centre ville de Chamonix.

Arrivés sur le parking, tout le monde est déjà là et nous attend. Nous nous saluons et discutons un peu car nous ne nous sommes pas vus depuis le premier jour sur la Mer de Glace. Nous chargeons tout le matériel à l’arrière de la camionnette : Les sacs à dos de chacun et le ravitaillement pour le repas des deux midis, aujourd’hui et demain. Tout le reste se fera au refuge.

Nous nous engouffrons dans la camionnette. Nous sommes donc 9 personnes : 3 guides et 6 stagiaires. Parmi les stagiaires, je retrouve mes amis belges et les 2 étudiants.

Denis laisse le volant à un autre guide et nous voilà partis en direction du tunnel. Nous franchissons le péage et nous entrons dans ce tunnel mythique… 11611 mètres de longueur… Les premières véhicules touristiques l’ont franchi le 19 Juillet 1965 et les premiers camions, le 20 Octobre de la même année… L’intérieur est parfaitement bien éclairé afin d’éviter les coups de stress ou de claustrophobie. La vitesse est limitée à 70km/h et tout le monde semble bien respecter cette consigne. Beaucoup de camions le franchissent en plus des nombreux touristes à cette époque de l’année.

Je ne me souviens même pas la dernière fois que j’ai pris le tunnel… J’étais enfant et c’était avec mes parents. Alors comme des enfants, nous regardons… Nous questionnons les guides… Eux sont habitués car ils le prennent souvent.

C’est une ambiance particulière dans la camionnette… Nous ne parlons pas très fort. C’est probablement l’effet « tunnel ».

Il ne reste aucune trace de ce fameux et triste accident du 24 Mars 1999 où un camion rempli de farine et de margarine a pris feu dans le tunnel emprisonnant et tuant nombre d’automobilistes. La chaleur et les fumées ont empêché les secours d’intervenir. Suite à cet accident, le tunnel est resté fermé près de 3 ans afin de réparer la voute qui avait été très fortement endommagée. Des travaux de sécurité ont aussi été fait afin de permettre aux personnes de s’abriter et d’évacuer en cas de danger. Le tunnel réouvrit le 9 Mars 2002 (sources : wikipédia).

Enfin, nous entrevoyons un rayon de lumière… La fin du tunnel est proche maintenant, Près de 10 minutes de traversée, nous avons l’impression que c’est une éternité dans cette situation.

La sortie du tunnel et… Miracle… il y a un grand soleil… Ce soleil que nous n’avons pas vu depuis plus d’une semaine côté français est là en Italie… Un beau ciel bleu avec quelques nuages alors que 15 minutes plus tôt, nous étions sous la pluie et la grisaille !!!

Cela présage d’une belle ascension et c’est bien le principal.

Il nous faut près d’une heure et demie pour nous rendre au point de départ depuis Chamonix. Passés le tunnel, nous prenons une partie d’autoroute puis, avant Aoste, les petites routes de montagne pour nous rendre dans la commune de Valsavenreche où se trouve l’un des points de départ des voix d’accès au Grand Paradis.

La route est très tortueuse et les paysages sont très escarpés. J’ai l’impression qu’ils le sont bien plus que du côté français. Ceci est probablement dû au fait que les routes sont bien plus pentues du côté italien.

Cela me fait penser à Olivier Valla (coureur au TC Morangis) et ces nombreuses sorties en vélo depuis qu’il est à Turin. Je me remémore aussi certaines étapes dantesques du Giro (Tour d’Italie) où l’on voit certains coureurs debout sur les pédales et à la limite de poser le pied à terre tellement certaines pentes sont raides.

Plus nous avançons, plus la route s’élève et laisse découvrir des sommets tout autour de nous, nous sommes assez silencieux et chacun d’entre nous regarde, admire ou contemple ces paysages tandis que nos guides se racontent… des histoires de guides…

Nous arrivons enfin au bout de la route. Cette route se termine en parking avec un restaurant d’altitude. Nous sommes à Colonia Terre, tout au bout de la route à près de 2000m d’altitude.

Nous nous arrêtons quelques centaines de mètres avant le parking où s’entassent plusieurs dizaines de voitures de randonneurs, marcheurs et autres alpinistes. Nous trouvons un endroit au calme pour faire notre pique-nique avant le départ.

Installés sur un rocher au soleil, les sacs à dos posés, nous dégustons nos sandwiches, notre fromage, nos fruits et notre chocolat sans oublier de bien boire. C’est extrêmement important de boire régulièrement en montagne car, contrairement à une faible altitude, on se déshydrate sans s’en rendre compte à cause de la fraicheur ambiante. Lorsqu’on a soif, il est déjà trop tard…

Le lieu où nous sommes est superbe : La route se termine ici… dans une sorte de cirque entouré de sommets de près de 3000m d’altitude. Se mélangent rochers, conifères et cascades dans une harmonie naturelle des plus magnifiques. Un ciel bleu presque parfait surplombe ce paysage au milieu duquel nous nous trouvons.

Notre repas terminé, nous nous rendons sur le parking afin d’y laisser la camionnette jusqu’à demain.

Le parking s’est vidé et il ne reste plus beaucoup de voitures. Certains vont prendre un café avant de se préparer pour le départ. Personnellement, je préfère rester dehors, préparer mes affaires, prendre quelques photos, admirer et respirer ce paysage…

Tout le monde est enfin prêt. Il est 13h25 en ce Jeudi 21 Juillet et notre aventure commence enfin…

L’objectif de cette première journée est assez court. Nous nous rendons au refuge Vittore Emmanuelle II situé à environ 2700m d’altitude pour y dormir.

Pour ces 700m de dénivelé, il nous est annoncé environ 2h d’ascension.

Le premier km nous permet de nous chauffer tranquillement car il est assez plat. Nous passons un petit pont puis à droite, le long d’un petit torrent, en direction de la forêt.

Nous entrons ensuite dans la forêt et les choses sérieuses commencent. La pente s’accentue brutalement sur ce chemin rocailleux. Nous ne sommes pas encordés car c’est un chemin de randonnée et il n’y a aucun risque. D’ailleurs, nous y croisons des personnes de tous horizons et motivations. Il y a des alpinistes qui redescendent de la haute-montagne, des randonneurs venus découvrir la beauté de ce lieu, des familles avec leurs enfants venus pique-niquer au grand air. Des personnes de toutes origines et âges… Un « bonjour » par ici, « bonjourno » par là ou encore « hello » nous montre que beaucoup de nationalités différentes sont représentées.

Lorsque la pente s’accentue, le « bonjour » se transforme parfois en un signe de tête montrant l’état physique de la personne ou du groupe que l’on croise.

Dans notre groupe, chacun prend son rythme. Les deux jeunes étudiants prennent une cadence plutôt élevée. Pour ma part, je me retrouve assez rapidement seul derrière eux et devant les autres. Les guides montent ensemble en discutant… toujours leurs histoires de guide… Les deux belges sont ensemble et Takeshi, mon compagnon japonais reste derrière dans son propre rythme.

Je prends mon rythme et entre dans ma bulle… J’admire le paysage et je m’arrête parfois pour prendre quelques photos. Il faut rester tout de même concentrer sur le chemin car il n’est pas facile par endroit. La montée est très irrégulière et composée de marches, de cailloux, de terre et de rochers sans oublier les nombreuses racines dans la partie forestière.

Plus nous montons, moins nous croisons de monde. Je bois régulièrement sans avoir besoin de m’arrêter. En effet, j’ai placé ma gourde au fond de mon sac le long de mon dos afin d’éviter que l’eau ne gèle lorsqu’il fera froid et, à la place du bouchon standard, j’y ai installé un tuyau comme un Camelback. Le tuyau ressort du sac par le haut à arrière et passe au dessus de mon épaule gauche. Lorsque je ne l’utilise pas, il est placé dans mon blouson afin que le bout ne gèle pas non plus.

Quand je veux boire, il me suffit de le prendre, retirer l’embout protecteur, dévisser d’un quart de tour et d’aspirer… Après avoir bu, je souffle un peu pour repousser l’eau restée dans le tuyau, je revisse d’un quart de tour, je remets l’embout et je remets le tuyau dans mon blouson.

Je bois très régulièrement par petites gorgées et je ne m’imagine pas m’arrêter tous quarts d’heure pour boire.

Il fait chaud avec ce soleil et toutes les affaires sont dans le sac à dos. Je suis juste couvert d’un maillot anti-transpirant à manches longues. Plus nous montons en altitude, plus nous sentons le vent et la fraicheur. Surtout, il faudra se couvrir en arrivant au refuge…

Je reste dans ma bulle et monte tranquillement… Les pas s’enchainent…

Enfin, au détour d’un virage du sentier, il est là… Brillant de mille feux… Sa forme de demi-tonneau… Il brille tellement que cela donne l’impression qu’il est chromé…Seul… Placé ici au milieu de nulle part… Le Refuge Vittore Emmanuelle II…

Au bout d’un petit lac probablement alimenté par l’un des glaciers des alentours.

Nous sommes à 2700m d’altitude et il fait presque froid malgré le soleil. La terrasse du refuge est en plein vent. Je me couvre un peu…

Nous entrons dans le refuge et je constate que nous sommes dans un 4* par rapport à celui du dôme du Gouter dans lequel j’avais dormi en 2009…

La clef de la chambre prise, nous montons avec Takeshi afin de nous poser quelques minutes. Je découvre une chambre avec 2 lits superposés (donc 4 couchages) qui n’a absolument rien à voir avec ce dortoir géant du refuge du Gouter où tout le monde est aligné sur la même planche comme des sardines en train d’attendre leur mise en boite…

Les murs sont en lambris et une petite fenêtre nous offre une vue sur les montagnes environnantes. La nuit sera certainement bonne dans ces conditions…

Takeshi souhaite se reposer un peu. Alors je décide de descendre et rejoindre mes autres compagnons d’aventure… Nous nous mettons en terrasse afin de profiter du soleil sans oublier de prendre la spécialité de ce refuge : La Grande Biera… Une bière italienne qui rendrait fou tous les amateurs de bonne bière tellement elle n’a le gout… de rien… Elle est très peu alcoolisée et, du coup, rafraichit bien…

Et puis, l’objectif de ce breuvage est surtout de passer un moment convivial car, finalement, nous n’avons pas trop eu de temps de papoter durant notre ascension.

Nous avons mis un peu moins de 2h pour atteindre le refuge et comme nous sommes arrivés parmi les derniers de la journée, nous faisons partis du 2ème service du repas du soir : nous dinerons donc à 20h.

Denis me dit que c’est un peu tard pour se lever demain matin à 3h du matin et qu’il ne faudra pas trop trainer durant le repas…

Je remonte dans la chambre pour aller me reposer un peu aussi. Takeshi dort profondément. Je m’allonge quelques minutes après avoir mis mon téléphone à sonner pour ne pas rater le repas.

Le réveil sonne… Il est 19h30 et je me suis finalement endormi comme une masse…

Je me lève doucement… Takeshi est encore en train de dormir. Je le réveille doucement.

« Hey… Takeshi… Wake up… We have to go to eat in few minutes… »

« Ok… no problem… ok… »

Je descends et il me rejoint ensuite…

Nous sommes installés par l’un des responsables du refuge. Nous sommes les 3 cordées ensembles.

Pour n’avoir que peu d’expérience en refuge, je ne peux comparer qu’avec le refuge du Gouter et là encore, le repas n’a absolument rien à voir : Ici c’est une vrai repas…

Tout d’abord, on nous demande si nous souhaitons des pasta ou un minestrone… Je me dis alors que je vais plutôt manger des pâtes car le minestrone en seul repas risque de ne pas me caler jusqu’à demain.

Sauf que je me suis totalement trompé… Ce n’est que l’entrée… Et oui, les pâtes ou le minestrone n’est que l’entrée d’un repas où nous sortirons repus… une bonne assiette de pâtes ou minestrone suivie d’un très beau morceau de poulet avec des épinards (une très belle part aussi) et le choix entre une part de tarte ou un crème caramel. Personnellement, je choisis la crème. Le tout arrosé d’un verre de vin et de l’eau venue de la montagne (filtrée bien sûr…). Le pain est à volonté ce qui est très loin d’être le cas partout…

Nous discutons avec les guides… C’est un vrai moment convivial d’échange… Chacun parle de ses expériences, un peu de sa vie, etc…

C’est assez particulier comme impression car nous sommes, à ce moment-là, à des années lumières de notre réalité quotidienne tout en parlant tout de même de nos vies…

Je crois que c’est pour évacuer certaines tension qu’il pourrait y avoir par rapport au lendemain et l’ascension finale…

Finalement, à quoi pouvons-nous nous raccrocher lorsque nous sommes dans l’inconnu ? A ce que nous connaissons…

Nous parlons forcément des bonnes choses, de ces belles histoires, de ces expériences parfois drôles, mais rarement dans ces conditions-là de nos mauvaises ou tristes expériences… Elles sont loin et enterrées…

Ce soir, je suis sur autre planète sans toutefois oublier celle dont je viens…

La planète dont je viens m’a fait comme je suis aujourd’hui et même si cela ne me plait pas, je dois faire avec… Je ne dois donc jamais oublier d’où je viens… ne serait-ce par respect pour ma planète…

Et lorsque je vois toutes ces personnes autour de la table en train de discuter, de rigoler, bref, d’échanger, toutes ces personnes qui viennent chacun d’une planète différente avec pour destination ce soir la même planète, je me dis que j’aime ça… Je ne regrette en rien mon choix : Celui de venir ici par passion pour la montagne… cette passion qui me fait rencontrer des gens que je n’aurais probablement jamais croisés sur ma planète…

Nous ne pensons plus à demain et ce réveil bien avant les aurores… Je voudrais que le temps ralentisse pour pouvoir rester encore ainsi à échanger…

J’ai dit un jour à quelqu’un : « Je voudrais avoir la télécommande pour arrêter le temps… ». Ce soir, je voudrais cette télécommande pour le ralentir un peu et profiter de ce moment encore et encore…

Mon japonais, Takeshi, est le premier à lever le camp pour aller dormir. J’ai compris qu’il a besoin de beaucoup de sommeil.

J’aurais aimé ralentir ce temps pour qu’il puisse encore en profiter…

Mais l’horloge tourne… inexorablement…

Il est maintenant temps que j’aille me reposer aussi… 21h30 et le réveil est prévu pour 3h du matin avec le petit déjeuner à partir de 3h30. Nous prévoyons de nous mettre en route à 4h30…

Je monte me coucher avec de belles pensées…

Demain devrait être une belle journée et un grand jour pour Le Gran Paradiso……..

Le point de départ à 2000m d'altitude...
Le point de départ à 2000m d'altitude...
Le point de départ à 2000m d'altitude...
Le point de départ à 2000m d'altitude...
Le point de départ à 2000m d'altitude...

Le point de départ à 2000m d'altitude...

Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)
Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)

Durant l'ascension vers le refuge Vittore Emmanuelle II (2735m)

Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...
Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...

Le refuge Vittore Emmanuelle II et la vue autour...

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Histoire de Grand Paradis... Part 4 : 2ème semaine - Mercredi 20 Juillet 2011 - Une courte désillusion...

23 Novembre 2013 , Rédigé par Laurent Bruynooghe Publié dans #Montagne : Le Grand Paradis

Mercredi 20 Juillet :

L’intensité de la veille m’a fait passer une nuit un peu agitée et je suis debout très tôt en ce matin du 3ème et dernier jour de préparation avant ce grand départ vers notre ascension.

Je ne connais pas la destination mais d’après ce que m’a répété plusieurs fois Denis hier, il y de très fortes chances que ce ne soit pas le Mont Blanc.

En effet, la météo fut tellement mauvaise ces derniers jours et le cumul de neige tellement important que les risques sont vraiment trop importants. Peut-être est-ce aussi pour ça que la nuit ne fut pas très bonne.

De toute façon, une chose est très claire dans mon esprit depuis le début de cette aventure : Je ferai ce que mon guide dira. Il est hors de question de lui forcer la main…

Je ne souhaite pas être un héro à titre postume…

Mon petit déjeuner habituel pris dans le silence de mon camp de base encore endormi, je me prépare tranquillement après avoir révisé le contenu de mon sac à dos.

Je prends à nouveau le train en direction de Chamonix mais, cette fois, je m’arrête à la gare précédente : Les Praz de Chamonix.

Le rendez-vous étant fixé au départ du téléphérique de la Flégière. Ce téléphérique monte en direction de la réserve des Aiguilles rouges. Il permet de rejoindre facilement le Lac Blanc sans avoir à monter 3 heures durant depuis Argentière.

Ce matin, Denis, notre guide arrive en voiture un peu en retard accompagné de Takeshi qu’il a récupéré à Chamonix.

Nous nous saluons. Denis scrute le ciel afin de savoir ce que nous allons faire comme course. Effectivement, il pleut encore et la météo est toujours très moyenne.

« Aller hop… tout le monde en voiture… Nous allons à Argentière prendre le téléphérique des Grands Montets… » nous lance Denis…

Aussitôt dit, aussitôt fait… Depuis Les Praz de chamonix, il nous faut une petite dizaine de minutes pour rejoindre Argentière dans sa vieille Clio au coffre chargé de matériel d’escalade…

Arrivés à Argentière, les sacs sont vite sortis de la voiture et Denis prend son billet pour la montée du téléphérique. Takeshi et moi avons un pass à la semaine un peu comme en station de ski. Ce pass est valable pour toutes les remontées mécaniques du massif du Mont Blanc.

En attendant Denis, je consulte les panneaux indiquant la météo et les prévisions. 25cm de neige fraiche sur le glacier d’Argentière pour un cumul total de 90cm de neige. Je trouve cela impressionnant pour un mois de Juillet.

Nous prenons le téléphérique et Denis nous dit qu’en fonction de la météo à notre arrivée, nous irons faire l’ascension de l’Aiguille d’Argentière (4100m) ou la petite verte (3500m)…

La montée se fait en 2 étapes : Une première benne nous emmène au Lognan (1972m) puis une deuxième nous emmène aux Grands Montets à 3300m d’altitude.

Nous y découvrons une météo un peu similaire à celle d’hier : La neige tombe et le vent est violent…

A l’endroit où habituellement à cette période de l’Eté, une terrasse où les alpinistes prennent une pause souvent bien méritée au soleil, c’est glace, verglas, vent et désolation qui règnent…

Nous restons « au chaud » dans le couloir qui mène à cette terrasse pour nous équiper de nos vêtements chauds qui étaient restés dans le sac à dos : Pantalon gore-tex, guêtres et fibre polaire sont mises afin de nous protéger au mieux… Nous descendons ensuite l’escalier qui nous emmène à l’extérieur.

Arrivés dehors dans le vent et le froid, nous avons à nouveau un escalier à descendre. Je fais très attention car les marches sont gélées.

Nous voici donc à 3300m d’altitude au dessus du glacier d’Argentière et sous l’Aiguille d’Argentière qui est invisible à cause de cette météo extrêmement agitée. Il est impossible de voir au-delà de 20m…

Denis me lance : « Bon… Pas d’ascension aujourd’hui mais nous allons descendre le glacier d’Argentière jusqu’au Lognan. Cela nous fera une belle marche de plusieurs heures avec un bon 1400m de dénivelé négatifs. Allez les gars, on s’équipe des crampons et on s’encorde… ».

C’est parti… Protégé de mon masque de ski, mon bonnet sous mon casque et mes gants aux mains, je fixe mes crampons à mes chaussures tout content d’être là malgré ce temps maussade.

Comment expliquer que je soies si heureux dans une météo pareille ? Le bonheur d’être à la montagne et de vivre pleinement ma passion… Je crois que c’est la seule réponse possible…

Je pense à ma famille, mes amis, mes collègues de bureau à qui je parle parfois de cette montagne que j’adore et je me dis qu’ils pensent certainement que je suis un peu fou…

Et oui… Pourquoi prendre des vacances pour partir dans un milieu aussi hostile, dans le froid, la neige, le vent pour y prendre des risques au lieu de partir « comme tout le monde »à la plage avec son soleil, son sable et ses cocotiers ??? Et bien tout simplement parce que je ne suis pas « comme tout le monde » et que ce n’est pas ce que je recherche…

Mais je comprends que l’on puisse se poser cette question : La montagne est ma passion tout comme le cyclisme… Alors je tente de vivre mes passions au mieux…

Ces pensées et cette réflexion passées et mes crampons bien fixés à mes chaussures, Denis me propose à nouveau d’être premier de cordée… J’accepte volontiers… Il nous encorde donc comme hier…

Nous laissons passer 3 cordées de militaires venus en entrainement. A leurs drapeau fixé sur le uniforme, je constate que ce sont des Allemands : Même les militaires étrangers viennent ici pour s’entrainer à la haute-montagne !!!

Nous nous engageons sur le petit chemin permettant l’accès au départ de la descente.

Denis me donne les dernières recommandations tout en plaçant la corde sur le piton de sécurité fixé dans la glace : « Tu descends par petits pas en te tenant à la ligne de vie et quand tu es en bas sur la partie plus plate, tu attends… Takeshi sera derrière toi à 3m environ et moi je vous rejoins ensuite… ».

Je lui réponds par un « OK » concentré tout en regardant vers le bas… Il faut entrer dans sa bulle comme avant le départ d’une course de vélo… La seule chose qui compte maintenant est ce que je fais à l’instant… Il n’y a plus aucune autre pensée qui traverse mon esprit…

Je ne sens plus le vent et le froid… La neige a disparue alors qu’elle continue à tomber tout autour de moi… Je suis dans ma bulle… Mon monde où je suis totalement seul avec moi-même…

Le début de la descente est extrêmement pentue et je m’accroche à cette corde dont le seul point de fixation est situé à côté de ce python à partir duquel Denis nous assure…

Elle semble vielle et usée cette corde mais je l’accroche… mon piolet à la main gauche et la corde à la main droite, je descends pas à pas… J’estime l’inclinaison à un peu plus de 60% sur les premiers mètres puis, au moment où cela se radoucit, il y a un pont de neige à franchir au dessus d’une faille… Toujours cette petite inquiétude lorsqu’on franchit ce type passage : Est-ce que le pont va tenir ? Oui, il tient…

Comme vu avec Denis, je m’arrête un peu plus bas et attends Takeshi qui me rejoint rapidement. Denis retire la corde de son point d’ancrage et descend vers nous… J’ai de la neige jusqu’aux genoux… Je regarde autour de moi et je découvre un paysage d’hiver… Le vent est plus calme car nous sommes maintenant protégés par les sommets environnants… Une cordée de l’UCPA nous accompagne car Denis connaît le guide… C’est plus sécurisant de faire la descente à plusieurs cordées car, si l’une d’entre elles est victime d’un incident, toutes les autres leur viennent en aide : La solidarité et l’entraide sont de mise là-haut… On fera demi-tour ou interrompra une ascension pour venir en aide à une cordée en difficulté… Cela peut vous paraître normal mais est-ce qu’on s’arrête lorsqu’une voiture est en panne sur le bas-côté d’une route ? Soyons honnêtes…

La descente est très agréable et, plus nous progressons, plus la météo semble se calmer… Nous finissons par laisser nos compagnons de l’UCPA car ils préfèrent s’arrêter faire une pause déjeuner…

Le glacier se descend bien jusqu’au moment où il faut le quitter pour continuer sur les moraines… Nous retirons nos crampons et continuons notre descente entre rochers et moraine…

Denis, nous désencorde car nous n’avons plus de risque de chute. La pente est douce et les seuls moments de risques sont présents lorsque nous franchissons des échelles métalliques. Ces échelles sont similaires à celles que nous avons rencontrées lors de notre journée à la Mer de Glace. Nous retirons nos vêtements chauds car la température est plus agréable…

Ces échelles franchies, nous revenons sur le glacier au moment où un bruit terrible de craquement se fait entendre… une vibration sous nos pieds comme un tremblement de terre… Cela dure quelques secondes, peut-être moins, mais cela semble être une éternité… Sur notre droite, tout au fond, une partie du glacier vient de s’effondrer : un Serac, un bloc de glace de plusieurs tonnes s’est détaché du glacier et est tombé dans un fracas augmenté par la raisonnance des sommets environnants… Un CRAC terrible suivi d’un bruit sourd très violent…

Nous nous arrêtons quelques instants pour observer en direction de ce bruit… J’en profite pour discuter avec Denis de ces risques. Il me dit d’un air plutôt résigné que c’est assez peu prévisible ce type de chute bien qu’il y ait tout de même des endroits où il ne faut pas passer. Mais il donne en exemple cette cordée de hollandais disparus suite à la chute d’un sérac en 2009 sur le Mont Blanc du Tacul où personne ne pouvait omaginer que cela tombe à ce moment-là : « Ils se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moments » me dit-il… « vraiment pas de chance car ils n’ont rien pu faire »… un instant d’émotion… On sent que, malgré ses années d’expérience, il ne se fait pas à ces accidents… Il est Humain tout simplement…

Nous quittons cette fois définitivement le glacier après voir franchi des crevasses plus ou moins larges en les contournant ou les sautant… Nous arrivons sur un chemin qui nous ramène au Lognan. Nous commençons à croiser les marcheurs de moyenne montagne équipés plus légèrement que nous.

Nous voici arrivés au Lognan à 1960m après un peu plus de 4h passés depuis notre départ de 3300m d’altitude.

Nous nous installons sur une table de pique-nique pour déjeuner… Nous sommes accueillis par les sifflements des marmottes… On a vraiment l’impression d’être sifflés c’est très drôle…

Notre déjeuner se fait avec un soleil revenu et peu de vent. Cette douce chaleur est très agréable…

C’est Denis qui fait les courses pour le déjeuner et nous gâte : un bon pain bien frais du matin, du pâté, des tranches de saumon fumé, du saucisson, une très bonne tome des montagnes et des nectarines un peu dures mais plus facilement transportables… Et pour le plaisir, une tablette de chocolat suisse…

C’est bon… c’est un régal ce repas pris ainsi… un peu de soleil, un peu de chaleur après le départ houleux de ce matin…

Nous abordons le sujet de l’ascension du Mont Blanc prévu à l’origine pour demain et après-demain (Jeudi et Vendredi)…

« Nous ne pouvons pas partir pour le Mont Blanc car c’est beaucoup trop dangereux » nous annonce Denis sans surprise… Je lui demande si, en passant par le refuge du Gouter, il pense que cela puisse passer… Il me dit que c’est loin d’être certain et que, de toute façon, le refuge est plein d’autant plus qu’il est actuellement en travaux et qu’il est réduit de moitié…

Donc pas de Mont Blanc cette année encore… Je suis un peu déçu mais Denis nous dit qu’il va consulter les autres guides du début du stage pour que nous fassions une ascension…

« Laurent, tu connais le Grand Paradis en Italie ? » m’interroge Denis.

« Oui je connais et j’ai vu plein de chose à son sujet. Il parait que c’est une belle ascension » lui répondis-je…

Il confirme que c’est une très belle ascension et que, lorsque la météo est mauvaise sur Chamonix, il va souvent en Italie pour faire une ascension dans le massif du Grand Paradis…

Nous redescendons par le téléphérique et, arrivés en bas, avant de se séparé, il confirme qu’il va voir avec les autres guides et me téléphone dans la soirée…

Je reprends le train au départ de la gare d’Argentière. Le trajet est plus court que depuis Chamonix puisqu’il faut à peine un quart d’heure pour rejoindre Vallorcine…

Je raconte brièvement ma journée à ma petite famille et leur dit que j’attends que Denis m’appelle pour savoir ce que nous faisons demain…

Je suis plein de doutes… Je me demande si nous allons pouvoir faire une ascension.. L’Italie, pourquoi pas ??? Le Grand Paradis ??? J’en ai entendu parlé et je sais que sur la fin de l’ascension , il y a un passage de haute-voltige : une traversée sur une arête où il y a peu pour s’accrocher…

Alors j’attends cet appel… il est inutile de me parler… je n’entends rien, n’écoute rien… Je suis juste en alerte sur la sonnerie de mon téléphone…

Il ne tarde pas à sonner… 18h30… C’est Denis… Le cœur s’emballe… on va où ????

« Laurent ? Salut c’est Denis… ca va ? »

« Salut Denis… Oui ca va… J’attendais que tu m’appelles… »

« Bon… J’ai eu les autres guides et on a regardé les prévisions météo… Le Mont Blanc est impossible par les 2 côtés… Alors on propose de partir demain matin à 3 cordées pour l’Italie… On part faire le Grand Paradis… Ca te va ??? »

« Oh oui… Ca me va… bien sûr que oui… »

« T’inquiètes, en général quand il fait mauvais en France, il fait beau de l’autre côté… »

« OK… On verra bien de toute façon… »

« Rendez-vous à la maison des guides de Chamonix demain matin à 9h45… Nous prenons un minibus de la compagnie des Guides… Nous récupérons tout le monde à l’entrée du tunnel du Mont Blanc et en route pour l’Italie… On a à peu près 1 heure et demi de route… Nous partons de 2000m d’altitude et nous montons au refuge Vittore Emmanuelle II à 2700m et nous partons vendredi matin pour l’ascension finale… Nous rentrons vendredi dans la journée à Chamonix…»

« Pas de soucis… Je serai là à 9h45… »

« Et puis, tu sais … Le Mont, il sera encore là dans 1 an, 5 ans ou 10 ans… A demain Laurent… Bonne soirée… »

« Toi aussi Denis… A demain »

C’est une petite déception de ne pas partir au Mont Blanc mais bien moins importante que de devoir faire demi-tour comme en 2009…

Le Grand Paradis… Gran Paradiso en italien… Je l’annonce à ma famille…

Je serai donc absent 2 jours… C’était prévu…

La soirée est silencieuse à nouveau… J’avoue avoir du mal à penser à autre chose qu’aux 2 prochains jours…

Je prépare mon sac à dos pour pouvoir me lever plus tard demain matin…

L’inquiétude se lit sur le visage de mon épouse… Je comprends car si c’était l’inverse je le serai tout autant… Il n’y a pas besoin d’en parler… Ce sujet a déjà été abordé et on se connaît très bien… Ce soir, juste rassurer en étant présent… Ce soir, pas d’énervement parce que l’un des 2 enfants n’est pas gentil avec son frère ou sa sœur… Ce soir, ils sont gentils…

Ce soir, on passe du temps ensemble… agréable…

On se couche un peu tard mais je me lève plus tard… Je prends mon train vers 8h30…

Demain, ce sera le grand Départ vers ce nouvel objectif. Une immersion totale durant 2 jours…

J’ai hâte d’être demain….

L’intensité de la veille m’a fait passer une nuit un peu agitée et je suis debout très tôt en ce matin du 3ème et dernier jour de préparation avant ce grand départ vers notre ascension.

L’intensité de la veille m’a fait passer une nuit un peu agitée et je suis debout très tôt en ce matin du 3ème et dernier jour de préparation avant ce grand départ vers notre ascension.

J 3 Préparation Mont Blanc : finalement, on part aux Grands Montets... Direction, le glacier d'Argentière...

J 3 Préparation Mont Blanc : finalement, on part aux Grands Montets... Direction, le glacier d'Argentière...

J 3 Préparation Mont Blanc : La cordée sur le glacier... Que de neige...

J 3 Préparation Mont Blanc : La cordée sur le glacier... Que de neige...

 3 Préparation Mont Blanc : une petite pause après les passages un peu chaud....

3 Préparation Mont Blanc : une petite pause après les passages un peu chaud....

J 3 Préparation Mont Blanc : Le glacier vu de côté... Une partie n'est pas accessible car dangereuse. Donc, on contourne...

J 3 Préparation Mont Blanc : Le glacier vu de côté... Une partie n'est pas accessible car dangereuse. Donc, on contourne...

J 3 Préparation Mont Blanc : passage d'une crevasse... Comparez la taille avec le guide...

J 3 Préparation Mont Blanc : passage d'une crevasse... Comparez la taille avec le guide...

J 3 Préparation Mont Blanc : encore des crevasses...

J 3 Préparation Mont Blanc : encore des crevasses...

J 3 Préparation Mont Blanc : enfin de retour dans une météo plus calme...

J 3 Préparation Mont Blanc : enfin de retour dans une météo plus calme...

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Histoire de Grand Paradis... Part 3 : 2ème semaine - Mardi 19 Juillet 2011 - Un mardi terrible...

23 Novembre 2013 , Rédigé par Laurent Bruynooghe Publié dans #Montagne : Le Grand Paradis

Mardi 19 Juillet :

Le réveil de ce Mardi est joyeux… heureux et serein… Comme tous les jours à la montagne…

La météo quant à elle n’est pas des plus calmes. Bien au contraire, il semble y avoir du vent et de la pluie. Les nuages sont bien plus bas que la veille.

Ce n’est pas aujourd’hui que nous allons voir un coin de ciel bleu.

Que cela ne tienne… J’avale mon petit déjeuner comme tous les matins dans un calme olympien. Tout le monde dort encore à cette heure-ci et je mets un peu la télé pour écouter un peu de musique sur une des chaines de la TNT.

Pas de journal télé comme je le fais parfois chez moi lorsque je prends mon petit-déjeuner seul. Je n’ai pas envie de ces mauvaises nouvelles quotidiennes. Surtout ces mauvaises nouvelles que l’Homme fabrique : une guerre par ici, un crack boursier par là…

La montagne me fait déconnecter de ce monde. C’est probablement une forme d’égoïsme mais on a bien le droit parfois de l’être sans que cela ne soit permanent…

Je me prépare tranquillement. Les réflexes arrivent vite pour préparer le sac à dos comme pour préparer son sac avant une course de vélo. Je sais quoi y mettre... Parfois un peu trop d’affaires dans ce sac diront certains. Mais dans ce sac à dos, il n’y a rien de trop. A tout moment, tout peut être utile : un coup dur, une mauvaise météo ou un grand soleil, j’ai tout ce qu’il faut pour ne pas brûler au soleil, ne pas avoir froid ou ne pas être trempé jusqu’aux os…

Je termine de m’habiller… Je prends mon sac sur le dos… Un rapide au revoir à la maison encore endormie et je me dirige en direction de la gare de Vallorcine…

Je prendrai encore ce matin le train de 7h08…

Il fait frais, limite froid… Il doit faire vraiment froid à l’Aiguille du Midi... Ce matin, je ne distingue pas le Mont Blanc ni l’Aiguille du Midi. Absolument tout le massif est dans les nuages…

Je sens que le temps est bien perturbé au dessus de 3000m. D’ailleurs, en dessous, tout est blanc de neige. Il a neigé cette nuit au dessus de 2300m d’altitude…

De la neige en plein mois de Juillet, cela arrive régulièrement en montagne mais en général elle ne tient pas plus d’une journée car la couche de neige est fine. Là, c’est une autre affaire car je vois bien que la couche tombée cette nuit est bien épaisse…

Le rendez-vous était fixé à 8h15 au départ du téléphérique de l’Aiguille du Midi. Le train entre en gare de Chamonix vers 7h40. J4ai donc largement le temps de me rendre au départ. Une petite dizaine de minutes devraient suffire…

Au détour d’une rue, je croise Takeshi, mon compagnon de cordée japonais. Nous nous saluons et faisons route ensemble vers le point de rendez-vous…

Ce n’est pas un grand bavard mais c’est culturel… Toujours ce sourire que seuls les asiatiques savent avoir en toutes circonstances ainsi que ce hochement de tête…

Nous arrivons au départ et attendons notre guide…

En attendant, je regarde les personnes qui font la queue pour prendre la prochaine benne du téléphérique… Et toujours cette mixité presque incroyable que l’on peut voir tous les étés à Chamonix : Des touristes en tenues plus ou moins légères pour la destination encadrant les alpinistes harnachés de leur sac à dos débordant parfois de matériel de haute-montagne…

Notre guide arrive enfin… Il s’appelle Denis… A première vue, il semble aux alentours de la quarantaine et plutôt sympathique. Il est à l’image que l’on peut avoir des guides de cette génération : une allure sportive associée à une sorte de flegme que je qualifierais d’ »Alpestre »…

Il apporte le pique-nique comme c’est prévu et nous nous partageons les victuailles dans nos sacs à dos : Pain, saucisson, pâté, fromage et dessert…

Puis nous faisons la queue pour le prochain départ… Il n’y a pas trop de monde encore. Il est environ 8h45 et la météo n’est pas très bonne…

La montée vers l’Aiguille du Midi se fait en 2 tronçons.

Le premier tronçon monte jusqu'au Plan de l'Aiguille à 2350 m d’altitude. C’est un point de départ de parapente… Pour les plus courageux, on peut l’atteindre à pieds depuis Chamonix (1030m d’altitude).

Le deuxième tronçon survole le glacier des Pèlerins et la face nord de l'Aiguille et nous conduit à 3842 m d’altitude.

Arrivé au sommet, il y a plusieurs terrasses d'où les visiteurs peuvent admirer les paysages des Alpes suisses, françaises et italiennes. C'est le point le plus proche du Mont Blanc auquel on puisse accéder sans effort… C’est la raison pour laquelle on y croise un tel mélange de touristes et alpinistes…

Une petite devinette avant de continuer ce récit :

Savez-vous quel est l’objet le plus vendu au sommet de l’Aiguille du Midi ?

Je pense que si je ne vous le dit pas, ce sera difficile de trouver… On me l’a dit aussi… C’est ce monsieur Suisse avec lequel j’ai discuté lors de ma première ascension vers le col des Posettes avec mon fils… C’est le stylo Mont Blanc… Et oui… le stylo Mont Blanc qui n’a rien d’un chamoniard (habitant de Chamonix) puisqu’il est fabriqué en partie en Allemagne…

Cette parenthèse refermée, nous arrivons à l’aiguille après cette montée en 2 tronçons. J’en ai profité pour discuter un peu avec Denis (notre guide). Il est de paroles faciles et je pense que nous allons bien nous entendre au cours de cette semaine…

Nous sortons de la cabine et arrivons à l’extérieur afin de nous rendre vers le point de départ de l’arête de l’Aiguille et là… Nous découvrons une météo très perturbée et très froide…

Denis nous dit que nous allons tout de même descendre par l’arête (seul moyen de quitter l’Aiguille du Midi à pieds) car il semble que le temps soit plus calme plus bas sur le glacier du Géant…

Des couloirs sont creusés dans la roche de l’Aiguille du Midi… Ces couloirs permettent de se rendre au départ d’un autre tronçon : les œufs traversant tout le glacier du Géant rejoignant la Pointe Helbronner qui est situé en Italie.

Lors de ma préparation Mont Blanc en 2009, nous y étions allés à pied en empruntant le glacier du Géant et faisant un arrêt au col d’Entrêve. Le temps y avait été magnifique… Mais aujourhd’ui c’est une autre paire de manche…

La deuxième partie du couloir donne directement sur l’arête de l’aiguille. Dès la sortie du couloir, des panneaux indiquent la dangerosité du lieu et ce à quoi les personnes passant cette limite se risquent…

Nous nous préparons à l’abri car le vent froid souffle assez fort…

Je mets donc mes crampons et mon baudrier toujours en discutant avec Denis…

Nous remarquons que Takeshi ne semble pas très à l’aise : sa respiration est forte et haletante. Nous lui demandons s’il va bien et il nous répond que « oui »…

Nous sommes à 3840m et à cette altitude, il est fréquent d’avoir les premiers symptômes du Mal des Montagnes : Cela commence par une sorte d’euphorie qui tourne assez rapidement au vinaigre. Un mal de tête, des vertiges et nausées suivent en général…

Dans ce cas, il n’y a pas d’autre alternative que de redescendre… Sur un plan plus médical, il s’agit d’un œdème qui se forme dans le cerveau et le seul moyen de le faire disparaître est de redescendre rapidement. Il faut savoir qu’à nos altitudes européennes le Mal Aigue des Montagnes (MAM) n’est pas risqué. Par contre, au dessus de 6000m d’altitude, il peut être mortel…

Takeshi ne semble pas avoir de mal des montagnes mais juste du mal trouver une respiration régulière avec la raréfaction de l’oxygène à cette altitude…

Pour moi, pas de soucis pour le moment… Je suis d’ailleurs épaté car je ne ressens absolument rien… Tout va bien…

Nous terminons de nous préparer et Denis me pose cette question que j’attends depuis si longtemps : « Laurent, tu veux faire la descente de l’arête en tête ? »

2 ans que je n’ai pas descendu l’arête… Depuis 2009 que j’attends ce moment…

Je l’avais descendue 2 fois : une fois en 2ème de cordée et une fois en premier de cordée…

Lorsqu’on est premier de cordée sur cette descente tout est différent même si le risque est identique…

L’arête de l’Aiguille du Midi est le seul passage pédestre pour rejoindre le refuge des cosmiques, le pied du Mont Blanc du Tacul et tous tes les ascensions qui gravitent autour de l’Aiguille. Sinon, il faut descendre en rappel le long de la falaise.

C’est une arête de 50cm de large avec, à gauche, près de 2000m de vide et, à droite environ 200m. Quel que soit le côté, la chute n’est pas permise.

Par beau temps, on peut voir les Grandes Jorasses juste devant nous durant la descente et, sur notre gauche, tout au fond, en bas, comme une ville miniature, Chamonix…

Le début de la descente de l’arête se fait en pente douce puis, au bout, d’une petite dizaine de mètres, le pente devient de plus en plus raide jusqu’à ce que la trace faite par les passages répétés des alpinistes en devienne presque comme un escalier. Elle doit avoir un pourcentage d’environ 50 à 60 % au plus fort de son inclinaison.

La descente est vraiment magnifique par beau temps…

On ne peut pas dire que ce soit très technique bien qu’il faille poser ses pieds de façon précise et bien tenir son équilibre afin de ne pas se faire attirer par ce vide à gauche… Mais c’est une sacrée montée d’adrénaline…

Alors je n’ai qu’une seule réponse avec l’un de mes plus larges sourires que je fasse dans un tel moment de contentement : « Oui… »… Sacrément que OUI, je veux la faire en premier de cordée cette descente…

Pour moi, c’est un pur moment de bonheur…

Sauf qu’il fait mauvais… Le vent souffle terriblement fort et le froid est intense…

Alors il faut s’équiper, se protéger du froid, se préparer à lutter mais ne jamais paniquer...

La panique est terrible dans ces moments-là… Nous en reparlerons tout à l’heure…

La concentration fait partie aussi de la préparation et, comme avant le départ d’une course ou durant l’échauffement, j’entre dans ma bulle… Dans ce monde où je suis seul avec moi-même… Le moment où je deviens totalement hermétique à toute conversation, tout échange… Le seul moment où je ne parle plus, ne souris plus… où mon regard est froid, vide de tout sentiment… Une entrée dans un monde parallèle…

Le guide nous encorde… Comme je suis premier de cordée, Takeshi sera en second et Denis (notre guide) sera en troisième…

Pour des raisons de sécurité, le guide n’est jamais au milieu : Il est, soit premier, soit dernier et le plus souvent au dessus pour avoir une bonne vision de sa cordée et qu’il puisse réagir en cas de besoin. Il peut parfois être le premier en descente lorsqu’il y a danger sur un glacier, par exemple, d’une faille…

Entre Takeshi et moi, la corde fait environ 3m alors qu’entre Denis et Takeski, elle est bien plus longue. C’est aussi une forme de sécurité.

Nous sommes prêt à entamer notre descente…

Denis, me lance un regard pour m’indiquer que nous pouvons y aller… Inutile qu’il me montre le chemin pour rejoindre la sortie et le début de l’arête : Je connais par cœur ce couloir…

J’emprunte donc ce couloir… Au fond, je vois la blancheur de la glace et plus j’avance vers cette lumière, plus il fait froid…

J’arrive au bout et se présente devant moi la sortie… Pas de porte, juste la sortie… Des panneaux indiquent que c’est un endroit dangereux et qu’il faut être équipés de matériel de haute-montagne pour franchir cette sortie…

Ce matin, seuls le vent et le froid empêchent les touristes de s’aventurer comme ils le font à l’accoutumée à cet endroit…

Je mets le nez dehors et je suis content d’avoir mis mon masque de ski et mes gants chauds, remonté mon blouson gore-tex, mis mon pantalon gore-tex et mes guêtres... Je sens le froid sur mon visage mais le reste du corps est bien au chaud et protégé par mes vêtements polaires…

Voici le fameux portillon avec son panneau expliquant qu’au-delà de cette limite, nous prenons des risques… Je passe le portillon et passes les quelques mètre de « plat » avant de commencer la descente.

Mon regard est concentré sur mes pieds… les poser correctement… La descente se fait douce au départ et j’en profite donc pour m’habituer à cette position de descente : Les pieds en canard (10 heures 10), les jambes fléchies et le corps pas trop en arrière, les fesses non plus d’ailleurs… Cela pourrait ressembler à une sorte de danse mais il n’en est rien…

C’est une technique très efficace pour ce type de descente : Les crampons sont tous en contact avec la glace et l’équilibre est parfait malgré la présence du sac à dos…

Malheureusement aujourd’hui, on ne voit rien du paysage car nous sommes dans les nuages. Et ce vent froid qui souffle emportant avec lui la neige et la glace…

Toujours concentré et le souffle régulier, je continue ma descente tout en faisant attention derrière moi que la corde ne soit pas trop tendue pour ne pas emporter dans mon élan mon compagnon Takeshi.

Nous entamons maintenant la partie la plus raide de la descente et, cette fois, j’utilise une autre technique : Je me mets de travers à la pente. Les pas doivent être courts et les pieds précis.

Il ne faut pas oublier que nous sommes aux alentours de 3800m d’altitude et qu’il faut être économe en effort pour ne pas se fatiguer inutilement.

La partie la plus raide est passée sans encombre et nous arrivons au niveau du glacier. Nous ne sommes plus sur l’arête. Quel dommage que le temps soit aussi mauvais que cela : nous ne voyons presque rien. Le Mont Blanc du Tacul ne présente que sa base. Son sommet est noyé dans les nuages.

Nous commençons notre marche en nous dirigeant vers le col du Midi qui se trouve au pied du refuge des Cosmiques. Arrivés là, nous nous arrêtons afin de discuter un peu avec Denis et faire retomber la pression de la descente. Il propose d’aller faire l’ascension de la Pointe Lachenal car la météo ne permet pas de faire l’arête des Cosmiques comme il l’avait prévu au départ.

J’ai déjà monté la Pointe Lachenal en 2009 et c’est une belle ascension. C’est un mélange entre une ascension glacière et rocheuse. La marche d’approche est assez courte et agréable… Mais la météo n’est pas avec nous aujourd’hui …

Arrivés au pied de la pointe, la montée se fait assez tranquillement jusqu’à ce que cela devienne plus raide : Les pourcentages dépassent les 45%... La montée se fait difficile car, en plus de la glace, la neige fraiche est présente.

En effet, il a beaucoup neigé à cette altitude ces derniers jours et une couche de plus de 60cm de neige recouvre le glacier. Cela ajoute à la difficulté de l’altitude et au vent.

Je me souviens d’une ascension très sympa et plutôt aisée en 2009 mais là, c’est vraiment autre chose : Rien n’est pareil… Seule la pente…

Il faut bien lever les pieds pour écraser la neige et faire que les crampons soient tous en contact avec la neige tassée ou la glace. Cela évite de glisser et de descendre de quelques cm voire plus…

Comme nous sommes en montée, je suis en dernière position et Takeshi est devant moi.

Dès que la pente est devenue plus raide, il a commencé à éprouver des difficultés placer ses pieds et glissait régulièrement dans la pente en s’accrochant avec son piolet.

Au moment où la pente devient à son maximum, il ne peut plus avancer et glisse de plus d’un mètre vers le bas… Cela devient difficile pour lui et je me demande comment il fera dans le Mont Blanc du Tacul ou même le Mont Maudit où la pente est bien pire et l’altitude bien plus élévée…

Le vent souffle de plus en plus et il se met à neiger abondamment… On se croirait en plein hiver… Ce ne sont pas des rafales mais c’est continu et fort… peut-être 80 ou 100 km/h…

A mon grand étonnement, Takeshi fait un signe d’abandon à Denis. Il n’avance plus…

Je suis dépité cette fois… Nous sommes Mardi et il ne peut pas être en condition pour le Mont Blanc Jeudi et Vendredi…

Je parle à Takeshi pour essayer de l’encourager et lui donner des indications pour qu’il place ses pieds de meilleure manière… Il essaie à nouveau mais il est trop collé le long de la pente…

Denis, voyant que la situation devient compliquée et que la météo ne va pas en s’arrangeant, se retourne et me lance : « OK… On fait demi-tour… Laurent, tu reprends la trace dans l’autre sens… »

Je m’exécute et fais demi-tour. La descente se fait doucement pour que Takeshi reprenne son rythme et que la tension redescende un peu.

J’en profite pour lever les yeux et… je ne vois rien… absolument rien… Le temps est devenu des plus terribles. Le vent souffle fort, la neige est de plus en plus forte et nous sommes dans les nuages avec une visibilité quasiment nulle…

Denis prend la tête de la cordée et je me retrouve derrière. Je le distingue à peine alors qu’il est environ 10 à 15m devant moi. Entre nous deux, Takeshi semble être un peu plus à l’aise.

Nous nous dirigeons vers l’Aiguille du Midi afin de rentrer au plus vite et ne pas rester coincés par ce temps : Au pire, nous dormirons au refuge des Cosmiques.

Les autres cordées que nous avions devant nous ont visiblement continué leur ascension, je pense à eux dans ce très mauvais temps.

Enfin, je distingue, le refuge des Cosmiques. Nous prenons à droite en direction de l’arête de l’Aiguille du Midi. L’ascension commence. Denis décide de nous faire passer par le côté de ne rejoindre l’arête que plus haut afin d’être protégés du vent le plus possible. Mais il n’en est rien…

Ca souffle de plus en plus alors que la pente s’élève… Takeshi n’avance plus… Chaque pas devient un véritable enfer pour lui…

Denis tend la corde au maximum et tire dessus à chaque pas de Takeshi et je décide de me rapprocher de lui afin de le pousser et de l’encourager. Cela ne se fait pas normalement pour des raisons de sécurité mais là, on ne peut pas faire autrement.

Chaque pas jusqu’au sommet de l’arête se fait ainsi… Je parle à Takeshi en l’encourageant et en le poussant alors que Denis en fait autant en tirant sur la corde…

Que cette montée est interminable !!! Le vent est de plus en plus terrible et la neige redouble de violence…Peut-être 100km/h de vent… C’est vraiment limite…

On ne voit strictement plus rien… on ne s’entend plus … On sent que chaque pas est un effort intense pour Takeshi… Nous l’aidons… Nous sommes une cordée… Cette corde nous lie les uns aux autres… Si l’un d’entre nous tombe… La cordée tombe…

La violence du vent, de la neige est à son comble… Et d’un coup… là… juste là à quelques mètres, on entrevoit l’ombre… L’ombre de l’Aiguille du Midi et ce bruit significatif des moteurs du téléphérique…

On se rapproche doucement… trop doucement… malgré la pente moins raide, Takeshi semble au bord de la rupture…

Puis, nous arrivons sur la partie presque plate de l’arête… et le portillon se présente comme un sauveur… la frontière entre le danger et la sécurité…

Le couloir et la terre ferme… cette impression d’être maintenant en sécurité…ouf !!!

Nous demandons à Takeshi s’il va bien. « Yes… ok… no problem » nous répond-il…

Denis vient me voir et me prend par l’épaule : « Wouah… Merci Laurent… Heureusement que tu étais là, sinon, on dormait au refuge des Cosmiques ».

Nous nous déséquipons rapidement pour prendre le téléphérique pour descendre.

Pas le temps de faire retomber la pression…

La descente se fait silencieuse jusqu’à Chamonix… Chacun doit se refaire le film de cette courte journée à l’Aiguille du Midi…

Je réfléchis et je pense à Takeshi et je me dis que ce n’est probablement pas un problème de niveau ou de condition physique mais que tout simplement, Takeshi était en panique totale…

C’est difficile de pouvoir garder son calme lorsque les éléments se déchainent autour de soi.

La montagne est accessible très facilement lorsqu’il fait beau avec un superbe soleil et sans vent. C’est comme la mer…

Mais lorsque la météo est perturbée comme elle l’est aujourd’hui et qu’il faut déjà lutter ou faire des efforts pour maitriser les effets de l’altitude, c’est beaucoup plus compliqué…

La panique est une sensation ou un sentiment qui se maitrise très difficilement. Si elle prend le pas, il se passe ce qui est arrivé à Takeshi : le manque de lucidité, la non maitrise de soi…

Mais aujourd’hui, nous étions 2 à pouvoir l’aider et l’encourager : C’est ça la cordée… on ne forme finalement qu’un… C’est totalement au delà de l’aspect sportif ou défi…

NOUS NE FAISONS QU’UN… nous sommes une cordée et non 3 individualités…

Aujourd’hui c’est Takeshi qui était dans le dur… Et demain ??? Ce sera peut-être moi mais je sais que la cordée sera là pour moi… On monte ensemble, on descend ensemble, on tombe ensemble…

Nous arrivons à Chamonix au pied du téléphérique et la météo n’est pas mieux : il pleut beaucoup…

Nous trouvons un abri pour pique-niquer : la gare de départ du téléphérique de l’Aiguille… un banc fera l’affaire d’autant plus que cela ne se bouscule pas pour monter…

durant le repas, Denis nous annonce qu’il y a de très faibles chances que nous puissions faire l’ascension du Mont Blanc. La neige tombée ces derniers jours rend le manteau neigeux très instable et c’est beaucoup trop risqué de partir ainsi. Des avalanches se déclenchent tous les jours.

C’est donc une déception mais il faut l’accepter. Comme me dit Denis : « Le Mont Blanc sera là dans 1, 2, 5 ou 10 ans et tu auras bien l’occasion de l’atteindre… Il ne vaut pas qu’on y laisse sa vie… »

Nous nous donnons rendez-vous pour demain au départ du Téléphérique de la Flégière à 8h15… Il se trouve au Praz de Chamonix. Il faut espérer que cette nouvelle journée soit meilleure que celle-ci.

Je retourne prendre mon train pour Vallorcine. Takeshi m’accompagne une partie du chemin puis nous nous séparons en nous saluant.

Dans le train, les pensées se mêlent et s’entremêlent… un mélange de début de déception avec cette petite mauvaise nouvelle de ne certainement pas faire le Mont Blanc cette année encore et l’intensité de la journée d’aujourd’hui… J’ai vécu aujourd’hui ce que la montagne peut quasiment faire de pire : une météo exécrable avec un danger de tous les instants… De l’adrénaline à chaque instant et un vrai danger permanent. Lorsqu’on est pris dans l’instant, on n’y pense pas. On avance, on s’aide, on survit aussi… Aujourd’hui, nous avons frisé la correctionnelle voire pire mais j’ai pris un plaisir terrible…

Le retour au camp de base est rapide avec toutes ces pensées. Je raconte brièvement cette journée à ma petite famille sans m’étendre sur ce danger que nous avons vécu mais en montrant les quelques photos que j’ai prises.

Est-ce pour éviter qu’ils ne s’inquiètent pour les jours suivants ou est-ce que je souhaite le garder un peu pour moi… certainement un peu des deux…

Il y a des choses, même en les racontant du mieux qu’on peu, qui ne peuvent pas être transposées intégralement… Aujourd’hui, j’ai vécu quelque chose que peu de gens autour de moi vivent ou ont vécu… Je crois que j’en prends conscience avec cette remise au calme et ce retour à la réalité des choses et du quotidien…

Je comprends qu’on puisse être différents après avoir été dans une situation extraordinaire et changer certaines de ces priorités ou sa manière de voir les choses…

Ce soir, mon esprit est à 3800m d’altitude dans le vent, la neige et le froid… Mais mon cœur est chaud… Je m’endors rapidement avec toutes ces images si perturbées…

Demain sera un autre jour…………………..

(NOTA : Ce qui suit, je l’ai appris le lendemain mais je ne pourrai jamais l’oublier….)

En ce Mardi 19 Juillet, une cordée est tombée à cause cette mauvaise météo sur l’Arête à Laurence qui rejoint le refuge des cosmiques depuis la Pointe Lachenale… Ils sont tombés alors que nous montions l’arête de l’Aiguille du Midi… Ils étaient 2 et sont tombés… J’ai une pensée très émue pour ces 2 alpinistes que nous avons peut-être croisés là-haut…

Aujourd’hui la montagne a prélevé son lourd tribut : la vie de 2 alpinistes… Elle ne voulait pas se faire dominer aujourd’hui…

Je leur dédie le résumé de cette terrible journée….

Au départ du téléphérique de l'aiguille du Midi...

Au départ du téléphérique de l'aiguille du Midi...

Au départ du téléphérique de l'aiguille du Midi...

Au départ du téléphérique de l'aiguille du Midi...

J 2 Préparation Mont Blanc : il a neigé au dessus de 2500m...

J 2 Préparation Mont Blanc : il a neigé au dessus de 2500m...

J 2 Préparation Mont Blanc : le mauvais temps à l'aiguille du midi... 3842m...

J 2 Préparation Mont Blanc : le mauvais temps à l'aiguille du midi... 3842m...

J 2 Préparation Mont Blanc : la préparation pour la sortie...

J 2 Préparation Mont Blanc : la préparation pour la sortie...

J 2 Préparation Mont Blanc : prêt à sortir...

J 2 Préparation Mont Blanc : prêt à sortir...

J 2 Préparation Mont Blanc : La cordée vue de derrière... Lorsque le guide est devant, je suis derrière... C'est le boulot de 1er de cordée...

J 2 Préparation Mont Blanc : La cordée vue de derrière... Lorsque le guide est devant, je suis derrière... C'est le boulot de 1er de cordée...

J 2 Préparation Mont Blanc : Au fond, le refuge des cosmiques. A gauche dans les nuages, le Mont Blanc du Tacul...

J 2 Préparation Mont Blanc : Au fond, le refuge des cosmiques. A gauche dans les nuages, le Mont Blanc du Tacul...

J 2 Préparation Mont Blanc : le Mont Blanc du Tacul...

J 2 Préparation Mont Blanc : le Mont Blanc du Tacul...

J 2 Préparation Mont Blanc : toujours aussi couvert et toujours même pas froid... Pourtant ca souffle très fort...

J 2 Préparation Mont Blanc : toujours aussi couvert et toujours même pas froid... Pourtant ca souffle très fort...

J 2 Préparation Mont Blanc : On n'est pas bien là tous les 4 ? Mes gants, mon piolet et moi.... ;-)

J 2 Préparation Mont Blanc : On n'est pas bien là tous les 4 ? Mes gants, mon piolet et moi.... ;-)

J 2 Préparation Mont Blanc : De retour à l'aiguille du Midi.. Il neige très fort... Il souffle très fort... Il fait très froid...

J 2 Préparation Mont Blanc : De retour à l'aiguille du Midi.. Il neige très fort... Il souffle très fort... Il fait très froid...

J 2 Préparation Mont Blanc : retour au calme... On a eu chaud même s'il a fait froid...

J 2 Préparation Mont Blanc : retour au calme... On a eu chaud même s'il a fait froid...

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Histoire de Grand Paradis... Part 2 : 2ème semaine - Dimanche et Lundi 17 et 18 Juillet 2011

23 Novembre 2013 , Rédigé par Laurent Bruynooghe Publié dans #Montagne : Le Grand Paradis

Dimanche 17 Juillet :

La deuxième semaine débute…

La météo est pourrie. Des trombes d’eaux s’abattent sur la Haute-Savoie. Plusieurs épreuves cyclotouristes et cyclosportives ont lieu et je pense à tous ces galériens …

Pour moi, c’est un réveil tranquille et une journée que j’ai décidé de passer en famille avant une semaine où je vais peu les voir…

En début d’après-midi, nous partons à Chamonix pour aller se promener, faire quelques achats et récupérer mon matériel de location pour la semaine haute-montagne : Chaussures et crampons pour la glace.

J’ai des chaussures de rando mais celles de haute-montagne ont une semelle très rigide et permettent d’accrocher les crampons pour les ascensions sur glace.

Ces quelques achats faits, nous rentrons à Vallorcine comme nous sommes venus : en train…

La soirée se passe bien malgré une certaine tension palpable : L’inquiétude règne…

La montagne parfois n’est pas simple et peut être dangereuse, très dangereuse. Au cours des dernières semaines, quelques informations sur les médias relatent des accidents avec des blessés ou des disparus. Alors, ils sont inquiets mais je ne pense pas qu’en parler et partir dans de grandes explications puisse rassurer. Alors parfois, au détour, d’une conversation, d’un regard ou d’un geste, je suis rassurant…

Au cours de la soirée, je range et re-range mon sac à dos, combien de fois ai-je fait l’inventaire dans ma tête des affaires à prendre, des choses à ne pas oublier, de tenter de penser à tous les moindre petits détails ? Je n’en sais rien mais je sais que ce n’est pas là-haut qu’il faudra se dire « bon sang !!! J’ai oublié ça » car il sera trop tard…

Alors, je sors à nouveau toutes les affaires : Piolet, bâtons, crampons, pantalon et blouson gore-tex, guêtres, bonnet, masque de ski, gants, polaire, la lampe frontale, une petite trousse de secours, mon ravitaillement énergétique, un couteau, les lunettes de soleil, un stick à lèvres et la crème solaire…

Je pense que tout y est…

Ah oui… de l’eau… Il faut que je remplisse ma gourde d’eau… D’expérience, je bois beaucoup en altitude alors, comme il y a 2 ans, je pars avec une gourde de 1,5 litre que j’ai équipée d’un système type Camel Back. Comme ça, il est inutile de s’arrêter pour boire. J’ai toujours ce petit tuyau qui sort de mon sac et que je mets « au chaud » le long de mon épaule pour boire en un geste. Pourquoi au chaud dans mon blouson ou mon polaire ? Et bien parce que tout gèle à ces altitudes. Alors le tuyau sort par l’arrière du sac, juste au dessus de mon épaule droite. Puis je glisse le bout par lequel on aspire qui est protégé par un bouchon (comme ça il ne coule pas) au dessus de la bretelle du sac et le place dans mon blouson ou mon polaire…

Cette fois, tout y est… J’ai aussi pensé à recharger la batterie de l’appareil photo et de mon GPS : Bien que le but ultime soit l’ascension du Mont Blanc, je souhaite immortaliser certaines images et en faire profiter ma famille est mes proches…

Je vais me coucher avec de belles images dans ma tête, celles de 2009 où la préparation Mont Blanc avait été superbe autour de l’Aiguille du Midi… Une météo parfaite…

Le réveil est programmé vers 5h30 du matin…

Lundi 18 Juillet :

Le réveil était programmé à 5h30 mais je n’ai pas besoin de réveil pour ce genre d’événement… Je suis debout à 5h… Je ne fais pas de bruit pour ne pas réveiller toute la petite famille qui dort encore…

Je prends un bon petit déjeuner et me prépare… zut… il est 6h et je prends le train pour Chamonix à 7h10. J’ai tellement hâte d’y être : 2 ans d’attente pour revenir sur la région et revivre la montagne de cette façon-là…

C’est comme la semaine au ski : On attend un an pour passer une semaine et… que cette semaine passe vite !!!

Là, je sais que ce sera la même chose : 5 jours… juste 5 jours en altitude loin de tout… de toutes ces préoccupations qui nous pourrissent l’existence au quotidien… 5 jours de pur intensité, adrénaline parfois… 5 jours de magnifiques paysages dans les yeux…

C’est trop court… mais je ne peux pas faire autrement… Je ne peux pas, aujourd’hui venir y vivre… pas aujourd’hui…

Je suis tellement mordu de montagne que c’est une vraie déchirure lorsque je repars de là-haut pour rentrer chez moi. Par contre, lorsque j’y arrive, je respire, je regarde… Je m’imprègne de ces montagnes… Mon regard est toujours porté vers le haut…. Je ne marche jamais le regard vers le bas… Les sommets sont si magnifiques !!!

J’ai tellement hâte de prendre mon train pour aller à Chamonix que je suis prêt bien trop tôt… Alors j’allume un peu la télé pour me changer les idées et je regarde les clips du matin… Plutôt je les écoute les yeux rivés sur cette pendule de la cuisine qui semble ne plus avancer…

Quand on attend, le temps semble s’arrêter et lorsqu’on souhaite qu’il s’arrête, il semble s’accélérer…

Ca y est enfin. L’heure du départ sonne… Mes chaussures, mon petit blouson car il ne fait pas trop froid ce matin puis je mets mon sac sur le dos, un petit au revoir discret et me voilà parti vers la gare de Vallorcine. Elle est située à environ 200m d’où nous logeons.

Le quai est désert… Vérification de dernière minute (oui, je suis comme ça…) et le train arrive.

Le trajet vers Chamonix dure environ 30 minutes. Les paysages sont superbes par beau temps. La vue sur le Mont Blanc, le glacier d’Argentière, les Aiguilles Rouges, ou le glacier des Bossons s’offre au voyageur illuminées par la lueur matinale.

J’arrive à Chamonix et me dirige directement vers la maison des guides. Le rendez-vous est fixé à 8h30 mais avec les horaires du train, j’y suis un peu avant 8h00.

Au fur-et-à-mesure que l’heure avance des personnes arrivent et j’engage la conversation avec 2 d’entre elles. Le premier fait le stage Mont Blanc pour faire l’ascension par le refuge du Gouter et le second fait le même stage que moi : Le Mont Blanc par la traversée (Les 3 Monts puis retour par le refuge du Gouter). Il s’appelle Marc et a déjà fait l’ascension du Mont Blanc du Tacul et le Kilimandjaro.

Les premiers doutes s’installent : Et si j’étais totalement à côté de la plaque physiquement ??? Et si je ne tenais pas le coup ??? Je sais très bien que l’ascension est physique et technique … Mais si c’était trop pour moi ???

Les autres personnes arrivent et ce début de doute s’estompe…

Enfin les guides arrivent, se présentent et nous présentent le déroulement de la journée : Ils sont 2 pour cette journée et nous sommes 9 « stagiaires ». Le but de cette journée est de donner les techniques de bases de l’utilisation des crampons puis de former les cordées de 2 personnes pour la suite de la semaine. Chaque cordée aura un guide attitré pour toute la suite de la semaine. Certains stagiaires sont venu s à 2. Donc certaines cordées sont déjà faites. Il y a 2 belges, 2 jeunes étudiants français, 2 autres français qui sont ensemble, 1 japonais, la personne avec laquelle j’ai rapidement discuté et moi… 9 Le compte y est !!!

Nous passerons la journée d’aujourd’hui à la Mer de Glace. Nous y sommes allés en famille la semaine dernière. Mais nous sommes restés dans le circuit des touristes.

Aujourd’hui c’est une toute autre affaire… Ce sera le circuit des alpinistes…

Nous prenons le train du Montenvers au départ de Chamonix : Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un train à crémaillère qui monte jusqu’à environ 2000m jusqu’à la Mer de Glace.

Pourquoi Montenvers allez-vous me dire ??? Et bien, le côté Chamonix est l’endroit du Mont… La mer de glace se trouvant de l’autre côté, donc sur l’envers du Mont, c’est donc le Mont Envers… A l’endroit ou à l’envers …

Astucieux comme trouvaille, non ???

Nous arrivons à la gare du Montenvers après une bonne vingtaine de minutes d’ascension… Il fait frais là-haut et le gore-tex devient obligatoire…

Après les photos d’usage, nous nous mettons en route vers le début du chemin des alpinistes.

Les guides s’arrêtent et nous demandent s’il y a des personnes sujettes au vertige. Aucun d’entre nous semble l’être, alors il précise les choses. Nous allons devoir descendre sur la Mer de Glace par des échelles métalliques qui sont accrochées à la roche. Il y a environ 130m de descente verticale, des passages avec des cordes fixes, etc…

Personne ne répond. Nous voilà donc partis vers ces fameuses échelles.

J’en avais entendu parlé par mon ami Gégé. Lorsqu’il avait fait le Mont Blanc en 2000, Son pote l’avait emmené ici et il m’a raconté que les 50m de descente sont la première montée d’adrénaline de la journée.

Sauf que nous sommes en 2011 et que le glacier fond à un rythme d’environ 6 à 10m par an !!! La descente fait donc 130m…

Nous arrivons à ces fameuses échelles et… c’est vertigineux !!!

La descente commence, la première montée d’adrénaline de la journée… On n’a plus froid… Il faut bien se concentrer. Les échelles métalliques sont froides et humides. Il faut donc faire très attention au placement de ses mains et de ses pieds. La glissade est INTERDITE sinon c’est la dernière chute, la descente aux enfers… Se concentrer sur ses pieds et ses mains… N’oubliez pas que j’ai mon sac à dos d’environ 9kg… Il doit être bien fixé, bien sanglé mais pas trop serré pour rester libre de mes mouvements. J’ai passé la semaine précédente à le régler. Il est parfaitement posé sur les épaules et ne me gène en aucun cas.

Je prends mon rythme avec une petite musique dans ma tête… Je m’applique à poser mes pieds tandis que mes mains suivent naturellement.

Il y a plusieurs tronçons d’échelles séparées par quelques dizaines de mètres à parcourir où il faut se tenir à une cordé fixe ou des poignées fixes…

Puis enfin, l’arrivée se fait sur la morène. La morène est le côté du glacier où se mélangent la roche qu’il détache en avançant un peu de glace… Il faut faire attention à ne pas glisser car c’est une partie assez instable. Ce n’est pas très agréable de s’y déplacer car nous sommes obligés de faire des pas très irréguliers pour franchir les rochers plus ou moins gros, le début des cassures du glacier, etc…

Nous arrivons enfin sur la Mer de Glace… A cet endroit, elle fait près de 150m d’épaisseur malgré sa fonte de plus en plus rapide.

Nous nous séparons en 2 groupes dirigés par un guide. Je me retrouve avec les 2 belges et le japonais. Le reste de la journée se fera en anglais. Je me débrouille suffisamment pour comprendre ce que dit le guide. Parfois, nous échangeons quelques mots en français.

Nous nous équipons avec les crampons et les baudriers. C’est la première difficulté de la journée pour certains. Je donne un coup de main à ceux qui ne savent pas trop comment faire malgré les explications du guide.

Je me surprends car mes gestes sont précis et je ne commets pas une erreur. Les crampons sont bien posés sur les chaussures, bien serrés aussi. C’est une chose très importante : il faut que les crampons fassent corps avec la chaussure pour qu’ils ne se détachent pas ou ne bouge pas dans des passages délicats. J’installe mon baudrier en quelques secondes…

Tous ces gestes que je n’avais pas faits depuis 2 ans reviennent en quelques secondes. Je suis à l’aise… Je me sens bien…

Nous laissons nos sacs à dos dans un endroit : Personne ne viendra les chercher ici…

Cela nous permet d’être plus à l’aise sur la Mer de Glace. Nous faisons quelques exercices afin d’approcher les différentes techniques de progression sur la glace : Poser ces pieds pour que les 12 pointes soient en contact avec la glace, ce qui permet d’être le plus stable possible et ne pas glisser. Comment l’appliquer en montée, en descente. Il faut s’adapter à la pente, aux conditions de glace…

Le maitre-mot du guide : « Allez toujours au plus simple»

La pause déjeuner arrive au bon moment : celui où certains stagiaires commencent déjà à fatiguer un peu… Aussi au mauvais moment puisqu’il commence à pleuvoir un peu.

Les sandwiches fournis par les guides sont excellents… un gâteau sablé aux noisettes en guise de dessert et surtout boire… boire et encore boire… Même si on ne transpire pas (ou pas l’impression), on se déshydrate très vite en montagne…

L’après-midi continue au même rythme que le matin avec quelques exercices sur glace. La météo est vraiment très moyenne mais la pluie finit tout de même par s’arrêter.

Nous nous installons le long d’un mur de glace dans une cassure du glacier pour travailler l’ascension verticale. Chacun d’entre nous fait environ 10m d’ascension. Je n’en avais jamais fait et c’est plutôt rigolo.

C’est aussi très physique. Je m’amuse… La guide propose de faire une 2ème fois l’exercice. Bah, tiens… on va se gêner… Pour ceux qui le veulent, nous en faisons une deuxième…

Ensuite, c’est l’heure du retour vers la gare du Montenvers par le même chemin qu’à l’aller : Les fameuses échelles métalliques. La montée se fait bien et, personnellement, je prends du plaisir à la faire. Toujours aussi concentré, j’adopte mon rythme et j’arrive assez rapidement au bout des 130m de montée.

La descente sur Chamonix se fait dans un train bondé de monde… Entre les touristes et les alpinistes équipés de leurs sacs volumineux, le train semble être surchargé.

Je n’ai pas de place assise, tout comme, 2 autres collègues de la journée. J’engage donc la conversation avec l’un d’entre eux : un japonais prénommé Takeshi… La conversation se fait en anglais puisqu’il ne parle pas un mot de français et idem pour moi concernant le japonais…

Nous arrivons à Chamonix et nous nous retrouvons avec les guides pour qu’ils nous présentent la formation des cordées pour la suite de la semaine. Du fait que beaucoup sont venus à 2, certaines cordées sont implicites…

Il ne reste que celui avec lequel j’ai discuté le matin, le japonais et moi… Oups ca fait 3 et donc il risque d’y avoir un souci.

Et bien, non car l’autre français décide de jeter l’éponge dès la fin du 1er jour. En effet, il a souffert et a mal partout. « Je ne veux pas souffrir. J’ai déjà assez souffert sur le Kilimandjaro et je ne veux pas recommencer ». Il me regarde et me demande : « Et toi, tu n’as pas mal ? nulle part ??? ».

Je lui réponds que ca va. Je ne suis pas trop mal. Je ne veux pas trop en dire mais je vais super bien et je suis prêt à y retourner tout de suite si on me le propose…

Je serai donc en cordée avec Takeshi… Mon japonais !!!

Les guides nous indiquent le nom de notre guide pour le reste de l’aventure et le rendez-vous du lendemain : Rendez-vous au téléphérique de l’Aiguille du Midi à 8h15…

Yes !!! On va monter à l’Aiguille du Midi !!!

Connaissant un peu le lieu, ca me fait déjà envie !!!

Je salue tout le monde dont mon japonais et je retourne à la gare de Chamonix pour reprendre le train en direction de Vallorcine…

Durant le voyage retour, le regard est toujours dirigé vers les sommets que je distingue par moment entre 2 nuages… Mes pensées fusent aussi vite qu’un TGV tentant de battre un record de vitesse…

L’une d’entre elle s’arrête… La Mer de Glace… J’ai marché sur la Mer de Glace… je n’ai que peu de souvenir lorsque, enfant, j’y suis allé avec mes parents pour visiter la fameuse grotte qui est creusée tous les ans dans le but de pimenter la visite des touristes : entrer dans le cœur d’un glacier…

J’ai peu de souvenir visuel mais beaucoup de souvenir des sens… le froid, l’air que je respirais et surtout cette envie d’y retourner adulte…

Alors marcher sur la Mer de Glace… au milieu… là où on y trouve que des passionnés… là où on est tout petit au milieu de ces cassures, failles et autres séracs… Pour moi c’est un bonheur immense...

Lors d’une récente discussion quelqu’un m’a dit : « Pour moi, les vacances d’été, c’est la plage et les cocotiers… Parce que c’est le dépaysement et je ne conçois les vacances que pour me dépayser ».

Je me suis dit en moi-même : « Tu ne connais pas la montagne… Du dépaysement, tu peux en avoir sans forcément partir à des milliers de km pour rechercher une plage avec des cocotiers… »

Le dépaysement allié à ce rêve d’enfance lorsque je venais voir la Mer de Glace avec mes parents, c’est un pur moment de bonheur…

Le train chemine vers Vallorcine alors que je regarde au travers des vitres claires en souriant… Ce sourire de bien-être… Content, non… Heureux de cette journée…

Et même, si la météo n’a pas été propice, je suis bien ici…

J’arrive à mon camp de base où ma petite famille est là… Je leur raconte ma journée et leur montre les photos que j’ai prises ainsi que quelques secondes de film…

Vivement demain…

La nuit va encore vite passer avec un sommeil profond, calme et réparateur…

Je ne me souviens jamais de mes rêves mais que ces nuits alpines sont douces et paisibles…

La montagne, c’est comme la mer… Soit ca énerve, soit ca calme…

Qu’est-ce que ca me calme !!!

J1 Préparation Mont Blanc : Les échelles vues d'en bas...

J1 Préparation Mont Blanc : Les échelles vues d'en bas...

J1 Préparation Mont Blanc : En pleine escalade glacière...

J1 Préparation Mont Blanc : En pleine escalade glacière...

La mort annoncée d'un glacier... 5 ans séparent ces 2 photos que j'ai prises... La mer de glace a perdu plus de 10m durant cette période... Triste constatation.....

La mort annoncée d'un glacier... 5 ans séparent ces 2 photos que j'ai prises... La mer de glace a perdu plus de 10m durant cette période... Triste constatation.....

Journée mer de glace : Le train actuel...

Journée mer de glace : Le train actuel...

Le point de départ... Le bureau des guides...

Le point de départ... Le bureau des guides...

J1 Préparation Mont Blanc : un coin de ciel bleu... Ouf... On aura eu un peu de tout finalement...

J1 Préparation Mont Blanc : un coin de ciel bleu... Ouf... On aura eu un peu de tout finalement...

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